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Kerim Thaugally, de l’école d’ingénieur à la double carrière : décryptage du parcours d’un senior de l’IT en Suisse romande

SWITTY : Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous présenter une figure reconnue du monde de l’informatique et de la finance, Kerim Thaugally.

En tant que Senior IT Manager chez ACE & Company et responsable du pôle Infrastructure Informatique chez Yotech, Kerim a réussi à harmoniser deux mondes souvent considérés comme disjoints : la technologie et la finance.

Sa trajectoire est inspirante pour ceux qui aspirent à innover, à diriger et, surtout, à réussir.

Kerim, pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à travailler dans le domaine de l’informatique ?

Kerim : Dès mon plus jeune âge, j’ai nourri une passion pour l’informatique.

À 8 ans, j’ai commencé à m’aventurer dans le montage d’ordinateurs et à 10 ans j’étais le « réparateur officiel » de celui de mon école.

Quelques années plus tard, au moment de choisir mon cursus supérieur après le Bac, j’avais toujours cette passion pour l’IT mais j’étais également très curieux des métiers de la finance.

À ce moment-là, j’ai décidé de me tourner vers cette première voie avec laquelle j’avais beaucoup de facilité et dont les métiers étaient, à l’époque, moins obscure pour moi.

Pour autant, le domaine de l’informatique regroupe énormément de métiers, alors, pour me laisser le temps de découvrir ce qui me plaisait le plus, je me suis tourné vers une école d’ingénieur assez généraliste à Paris.

Ce qui me fascinait le plus était la possibilité de pouvoir créer quelque chose à partir de rien, avec seulement un PC et des connaissances en programmation.

C’est pourquoi, en fin de deuxième année, quand il a fallu choisir une spécialité, je me suis tourné vers les Systèmes d’Information.

Une chance pour moi, au même moment, lors du choix de mes options, mon école venait d’ouvrir une filière Finance des Marchés. J’ai donc pu en profiter pour développer mes connaissances à la fois sur les SI et sur la Finance.

À la fin de mes études, je suis revenu dans la région genevoise afin de commencer ma carrière en tant qu’Ingénieur en développement dans une startup.

Malheureusement, elle a fermé quelques mois après mon arrivée.

C’est ainsi que j’ai commencé à travailler en infrastructure dans une société de service où j’ai pu bâtir les bases du reste de ma carrière jusqu’aujourd’hui.


Fascinant de voir comment un intérêt initial pour l’informatique et le montage d’ordinateurs a conduit Kerim à une carrière si polyvalente à l’intersection entre la technologie et la finance. Il semble qu’un choix d’école généraliste et une opportune ouverture de filière ont finalement pavé la voie à une expertise double et unique. Mais si suivre une seule voie peut déjà être exigeant, comment Kerim parvient-il à bien performer dans deux entreprises distinctes simultanément ? Abordons maintenant cette question essentielle.


SWITTY : Kerim, comment parvenez-vous à gérer vos responsabilités dans deux entreprises différentes simultanément ?

Kerim : Aujourd’hui je suis en effet dans deux entreprises.

Je suis Senior IT Manager chez ACE & Company, un groupe de Private Equity et de Venture Capital, et je chapeaute également le pôle Infrastructure Informatique chez Yotech, une société de service informatique.

On me demande souvent comment j’arrive à gérer ces deux fonctions, et si cela ne se ressent pas dans mon travail pour l’une ou l’autre des structures.

Ce à quoi je réponds que si c’était le cas, j’aurais déjà perdu l’une ou l’autre de ces responsabilités.

Mais ce n’est pas nouveau pour moi, j’ai toujours eu une double fonction tout au long de ma carrière. En effet, j’ai commencé à avoir mes premiers clients pendant mes études pour lesquels un ami et moi-même faisions des applications ou sites web. Cela nous permettait de nous faire un peu d’argent de poche.

Par la suite, j’ai été auto-entrepreneur pendant ma carrière salariale jusqu’à intégrer Yotech en 2018.

Cela m’a toujours permis d’apporter une vision différente à chacun de mes emplois / clients, car cela me donne l’opportunité de voir beaucoup plus de choses et d’avoir beaucoup plus d’expériences que si j’étais « seulement » un employé.


En écoutant Kerim parler de sa capacité à jongler entre différentes responsabilités dans deux entreprises à la fois, on comprend rapidement que ce n’est pas seulement une question de gestion du temps ou d’organisation, mais aussi de perspective et d’expérience.

La multiplicité de ses rôles lui a non seulement permis de s’épanouir professionnellement, mais aussi d’apporter une valeur ajoutée à chacun des postes qu’il occupe. Mais alors, quels sont les compétences et les traits de caractère qui sous-tendent à cette réussite ? Qu’est-ce qui le pousse à viser toujours plus haut dans un secteur aussi compétitif et en perpétuelle évolution que la technologie de l’information ? Poursuivons cette conversation pour découvrir les piliers qui ont façonné sa trajectoire professionnelle et continuent de le guider dans ses choix de carrière.


SWITTY : Quels compétences ou traits de caractère considérez-vous comme ayant été essentiels à votre succès dans le domaine de la technologie de l’information ?

Kerim : Je dirais qu’en premier lieu c’est la curiosité.

Cette soif d’apprendre qui donne l’envie de découvrir, de comprendre et d’analyser.

C’est elle qui m’a permis de monter en compétence rapidement, mais c’est également elle qui m’anime encore aujourd’hui et que j’entretiens au maximum pour continuer de rester dans l’évolution incessante de ce métier.

Ensuite, la détermination.

J’ai dédié plusieurs années de ma vie à mon travail au début de ma carrière, c’était ma priorité numéro une. C’est grâce à cette ténacité que j’ai pu gravir les échelons et être là où j’en suis aujourd’hui. C’est un travail où l’on ne compte pas ses heures et qui demande de grandes compétences organisationnelles.

Chose également essentielle au développement de ma carrière, c’est d’oser saisir les opportunités.

Par exemple, en 2016, j’ai créé le pôle IT chez ACE, société de finance. J’ai pris le parti de migrer leur infrastructure sur le cloud, alors qu’à l’époque, dans ce secteur, c’était le on-premise qui prônait.

Cette vision à long terme a payé puisqu’aujourd’hui, en 2023, tout le monde y vient.

Autre exemple, en 2018, j’ai accepté de prendre en charge le pôle infrastructure chez Yotech en complément de mon autre emploi. Ce n’est pas de tout repos, mais c’est une expérience très enrichissante et qui m’aide dans mon autre fonction en tant que manager IT.

Et enfin, ma vision à 360°.

Dans notre domaine, les compétences non techniques sont souvent négligées, alors qu’elles jouent un rôle primordial et font toute la différence.

Comme je le dis souvent, je ne prétends pas être expert en tout, car j’ai encore beaucoup à apprendre de chacun, mais je possède des connaissances avancées et je sais m’entourer d’experts dans de nombreux domaines.


La trajectoire de Kerim Thaugally est clairement le produit d’un mélange de curiosité insatiable, de détermination inébranlable, et d’une aptitude à saisir les opportunités même lorsque les risques semblent grands. Le choix audacieux de migrer vers le cloud dans un secteur financier réticent et la prise en charge simultanée de responsabilités dans deux entreprises distinctes mettent en lumière sa capacité à innover et à diriger. Sa vision à 360° du domaine ne laisse pas de place au hasard, et il est évident qu’il ne s’arrêtera pas là.


SWITTY : Kerim, quelles tendances technologiques majeures prévoyez-vous pour les prochaines années ?

Kerim : Je pense que comme nous l’avons vu depuis quelques mois, l’intelligence artificielle continuera probablement à se développer.

Dans le secteur de l’informatique, les domaines sont larges tels que, l’automatisation, les systèmes autonomes, l’analyse de données, la reconnaissance vocale et faciale ainsi que la prise de décision et l’apprentissage automatique.

Cela pourrait faire avancer rapidement d’autres technologies telles que l’IoT pour donner aux appareils ménagers, véhicules, capteurs industriels et wearables, des applications plus avancées permettant l’exploitation des données en temps réel.

De même pour le domaine de la Réalité Virtuelle et Augmentée.

Il y a eu de fortes percées dans les jeux vidéos et le divertissement qui je pense amèneront des applications importantes dans des domaines plus larges comme celle des entreprises, de la santé et bien d’autres.

Pour moi, l’IA et la Réalité Virtuelle sont aujourd’hui encore aux balbutiements de ce qu’ils peuvent devenir dans le futur.

Cependant, les entreprises ont et auront besoin pendant les prochaines années de guidelines et de support afin de mener à bien leurs projets de digitalisation, et avoir une vraie stratégie d’innovation.

Selon moi, le choix du partenaire pour accompagner ces changements sera déterminant pour faire la différence.

Aussi, à mesure que notre dépendance à l’égard de la technologie numérique augmente, la nécessité de sécuriser nos systèmes et nos données contre les menaces de cybersécurité deviendra de plus en plus critique.


Après avoir exploré les futures tendances technologiques, de l’IA à la cybersécurité, Kerim Thaugally aborde maintenant le défi de marier innovation et stabilité dans les organisations. Un équilibre délicat qu’il semble bien maîtriser.


SWITTY : Comment équilibrez-vous la nécessité d’innovation avec la nécessité de maintenir des systèmes et des processus existants ?

Kerim : Tout d’abord, il faut savoir que c’est un défi de taille pour de nombreuses organisations.

Il faut procéder par étape avec différentes itérations de projets pilotes, de retours utilisateurs avant de lancer un projet à grande échelle.

Je fais également partie d’une équipe dédiée à l’innovation qui sait s’entourer des experts nécessaires à l’extérieur de l’entreprise. Cela permettra de garder une partie de l’équipe sur la maintenance et l’évolution des systèmes actuels qui ont aujourd’hui toute leur importance.

C’est cet équilibre qui me permet de me rendre compte du potentiel du ROI sans perturber la production.

Aussi, on parle souvent de l’investissement dans les technologies, mais finalement très peu de celui dans les formations de nos collaborateurs qui vont devoir évoluer en même temps.

Certaines personnes avancent avec leur temps et peuvent ne pas nécessiter de formation à l’utilisation de la technologie.

Cependant, elles auront toujours besoin de formation liée à la compliance et à la sécurité des données, car ces domaines évoluent inévitablement avec les avancées technologiques.

Dorénavant, la culture d’entreprise devra favoriser l’échange d’informations et la manière dont les personnes utilisent ces systèmes pour initier des idées d’utilisation et de réévaluation des processus avec l’ensemble de la communauté afin d’encourager l’innovation.


Naviguant habilement entre le défi de l’innovation et les réalités pragmatiques de la gestion IT, Kerim Thaugally nous offre une vision équilibrée du rôle changeant de l’IT dans l’entreprise. Alors qu’il souligne l’importance de la formation continue et de la culture d’entreprise axée sur l’échange, il tourne également notre attention vers les défis plus larges auxquels le secteur IT en Suisse est confronté.

À la fois personnel et universel, son témoignage met en lumière la complexité des défis que les leaders informatiques doivent relever, tout en offrant des perspectives précieuses pour ceux qui aspirent à contribuer à cette dynamique industrie. Restez avec nous, car Kerim a encore beaucoup à partager, notamment des conseils pour ceux qui cherchent à forger leur propre chemin dans le domaine de l’IT.


SWITTY : Kerim, quels sont les principaux défis auxquels le secteur informatique en Suisse est actuellement confronté ?

Kerim : Je dirais que nous faisons face aux mêmes défis présents un peu partout :

  • Une pénurie de compétence et de talents IT car la demande est en hausse
  • La cybersécurité qui est un sujet très important face à l’expansion de tous ces systèmes et de l’avènement du Cloud
  • Dans notre pays, ainsi qu’en Europe, nous sommes soumis à de nombreuses réglementations. La compliance joue désormais un rôle crucial dans le management de l’IT
  • Le Work From Anywhere est devenu la norme. Nous devons mettre en œuvre tous les moyens nécessaires afin de permettre à chacun de travailler depuis n’importe quel endroit avec une expérience utilisateur et une sécurité uniforme

SWITTY : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui cherche à poursuivre une carrière dans le secteur de l’informatique ?

Kerim : Pour moi, la chose essentielle c’est d’entretenir sa passion, car sans elle, on risque rapidement de se laisser submerger par le rythme exigeant de ce métier.

Il ne faut pas croire que c’est un travail de 9 à 6 et être conscient de l’investissement que celui-ci demande.

Acquérir de la polyvalence est un véritable atout, ne pas craindre de mettre les mains dans le cambouis en est un également. C’est comme ça que l’on apprend (ne pas oublier que les erreurs font parties de l’apprentissage).

Il ne faut jamais considérer ses connaissances comme acquises, car le domaine de l’informatique est en perpétuelle évolution. Il est important de s’entourer de personnes compétentes dans les domaines où nous sommes le moins à l’aise.

Et enfin, ne jamais remettre au lendemain.


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Mark allie une expertise en technologie, stratégie informatique et productivité à un engouement pour l'innovation et la transformation numérique. Toujours en quête de solutions technologiques pour booster l'efficacité en milieu professionnel, il trouve également son inspiration à travers une lecture variée qui nourrit son esprit critique et sa vision globale. Son expérience et sa passion l'ont naturellement mené à devenir chroniqueur pour le magazine SWITTY, où il partage régulièrement ses perspectives, conseils et interviews.

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